L'église dans la féodalité et le royaume

Publié le - Mis à jour le 18-05-2016

L'expression « Occident chrétien médiéval » dit assez combien l'église est imbriquée aux appareils sociaux et politiques et n'échappe pas aux cadres que dessine en Europe la féodalité. Comme les royautés ou le Saint Empire romain germanique, elle a son souverain (le pape) et ses grands princes (les évêques).

 

mosaïque de la basilique saint-jean-de-latranSaint-Pierre remettant les clefs au pape Léon III et la bannière à Charlemagne, mosaïque de la basilique Saint-Jean-de-Latran de Rome © DR

 

Le spirituel est hélas dominé par le temporel : c’est le pouvoir politique séculier de l’empereur du Saint Empire qui désigne le pape jusqu’en 1059. Alors, sous le pape Nicolas II, un concile imposera l’élection du pape par un collège de cardinaux. Les évêques sont investis par les rois et les grands, qui estiment que ces ministres épiscopaux, exerçant leurs prérogatives sous leur autorité princière, sont le prolongement naturel de leur pouvoir. L’évêque peut même recevoir du prince sa crosse et son anneau, et lui prêter serment de fidélité, ce qui rappelle fort l’hommage féodal. La réforme de l’église en cours, qui voit le pape Grégoire VII condamner ce type d’investiture, aboutit à la décision en 1099 de son successeur Urbain II : interdiction à tout évêque ou abbé (supérieur d’un monastère) de prêter hommage et fidélité au roi ou à tout autre laïc. On arrive dans le royaume de France à un compromis : l’évêque recevra sa charge pastorale d’un collège épiscopal à travers crosse et anneau, et du roi sa charge de biens terrestres attachés à l’évêché, à travers un autre objet symbolique, Mais c’est sur le fond que l’église tente de déborder le cadre des liens féodaux dont les serments de non-agression ne suffisent pas à limiter la violence du temps. Dès 1038, le concile de Bourges met en place, encore à partir de la France, des Assemblées de paix, comprenant seigneurs, clercs et bourgeois où chacun, devant l’évêque et sur des reliques sacrées, prête serment : interdiction aux belligérants d’attaquer les clercs, les voyageurs, les moines, les paysans, leur bétail, d’incendier leurs maisons ; interdiction aux belligérants de se battre du vendredi au dimanche. Ce mouvement nommé Paix de Dieu pointe l'Église comme seul frein à la violence des seigneurs et des chevaliers. Mais, introduisant des notions religieuses dans les serments de vassalité, des bénédictions d’armes dans les adoubements de chevaliers, l’église peut-être vue, dans sa moralisation bien gérée de la conduite de la chevalerie, de la guerre et de la paix, comme affinant les idées de Croisade. Il ne faut pas sous-estimer non plus l’action en retour de la féodalité sur le pouvoir ecclésial, et la féodalisation du clergé : comportements et usages féodo-vassaliques s’infiltrent et les évêques et abbés acquièrent ou concèdent des fiefs, reçoivent des hommages.

A la fin du XIIe siècle, l’archevêque de Reims peut faire dresser liste des fiefs tenus de lui et des services qu’ils entraînent, celui d’Arles faire compiler et classer par sections la liste des serments féodaux… Ce genre d’imprégnation politique du clergé séculier fait saisir la constance du renouveau monastique (les réguliers de Cluny, puis de Cîteaux) à vouloir détacher les moines de l’autorité des évêques. La plus durable pénétration de la féodalité dans la religion sera dans les attitudes et  le vocabulaire liturgique, dont le christianisme porte encore trace : Dieu est conçu comme Seigneur, il siège au centre d’une cour céleste, accueille le service de ses fidèles, agenouillés mains jointes, quelquefois devant son trône dans des représentations qui excèdent largement le temps médiéval…

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