Dickens, entre fin du romantisme et début de l'ère industrielle

Publié le - Mis à jour le 11-03-2016

La formation littéraire du jeune Charles Dickens, entre les années 1820 et 1830, se fait sur la base de l’héritage du XVIIIe siècle : héritage des Lumières avec Diderot et Voltaire en France et David Hume en Angleterre ; héritage aussi du plus important mouvement artistique européen amorcé au XVIIe siècle, le romantisme.

le londres de dickens

Entre la pensée rationnelle de L’Enquête sur l’entendement humain de Hume et la fiction échevelée des romans gothiques de Ann Radcliffe (The Mysteries of Udolpho par exemple), Dickens peut embrasser toutes les facettes de l’art littéraire et en particulier l’humour absurde et insolent de son ainé de trente ans : Thomas de Quincey (Les derniers jours d’Emmanuel Kant). Il peut lire Byron, Shelley, Keats, poètes immortels flirtant comme les romantiques français avec la politique, entre aspiration démocratique des peuples et nostalgie monarchique. Il se plonge aussi dans la lecture des romans picaresques de Tobias Smolett.

london with dickensLe monde change sous les yeux de Dickens, les campagnes se vident au profit des centres industriels, et il assiste à la naissance de ce qu’on appellera désormais la classe ouvrière. Parallèlement, la croissance exponentielle de la population des villes, le développement continu de l’instruction populaire (lié aux réformes démocratiques) favorisent l’essor de la presse quotidienne, hebdomadaire ou mensuelle où Charles Dickens publiera l’essentiel de son œuvre.

Son histoire personnelle, de jeune garçon éduqué plongé par un revers de fortune dans les bas fonds de la petite industrie, lui permettra de scruter avec recul le spectacle de ce petit peuple aussi pauvre que pittoresque. De sa connaissance intime du monde des prolétaires, Charles Dickens tirera à la fois l’inspiration de ses chroniques humoristiques et de ses grands feuilletons mélodramatiques, tout en rendant tribut à la tradition romantique encore prégnante dans de fines descriptions des états d’âme de ses héros et des paysages aussi bucoliques qu’urbains dans lesquels il les fait évoluer. Le Londres populaire est ainsi décrit dans Oliver Twist : « Pour atteindre ce lieu, le visiteur doit passer par un dédale de rues sans air, étroites et boueuses, où se pressent les plus grossiers et les plus pauvres des riverains et dont le commerce est consacré à tout ce qui est censé convenir à pareille population (…) les articles d’habillement les plus rudes et les plus communs se balancent à la porte du marchand ou ruissellent par les fenêtres et le parapet de sa maison »

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