La première guerre balkanique (1912)

Publié le - Mis à jour le 15-02-2016

Paradoxalement, le très fragile statu quo qui prévalait dans les Balkans depuis 1878 va s’effondrer à la suite d’un événement qui aurait dû au contraire le renforcer : la révolution Jeunes-Turcs de 1908.

Les Jeunes-Turcs sont un groupe d’officiers dégoûtés de l’incurie du gouvernement autocratique du sultan, qu’ils rendent responsable de l’affaiblissement considérable de l’Empire ottoman depuis un siècle. Soucieux de moderniser le vieil État, de l’« européaniser », afin d’assurer sa pérennité, les Jeunes-Turcs renversent le sultan et prennent le pouvoir. Les puissances voisines perçoivent cette révolution comme une opportunité immédiate et un danger de long terme. Dans l’immédiat, l’Empire ottoman, en proie à des troubles, est affaibli. À plus long terme, l’Empire, aux mains des Jeunes-Turcs, pourra se révéler beaucoup plus ferme face aux revendications de ses voisins. Il faut donc agir vite. L’Autriche-Hongrie « tire » la première en annexant le 5 octobre 1908 la Bosnie- Herzégovine, dont l’administration lui a été confiée au congrès de Berlin de 1878 mais qui restait sous la souveraineté formelle du sultan.

Par cette annexion, l’Autriche fait d’une pierre deux coups : elle s’élargit au sud et affaiblit la Serbie, qui lorgnait sur cette province ottomane peuplée de Serbes. Ce coup de force autrichien donne le signal de l’hallali. La Serbie, la Bulgarie et la Grèce se concertent et signent en février et en mai 1912 des accords de défense qui visent en réalité à préparer la guerre contre la Turquie et à se partager ce qui reste de ses territoires européens. Le 17 octobre 1912, la guerre commence. En quelques semaines, les États balkaniques sont vainqueurs, l’armée bulgare ayant joué un rôle décisif dans ce succès. Le moment est critique. Les empires autrichiens et russes sont tentés d’intervenir, les premiers pour empêcher la Serbie de s’étendre jusqu’à la mer Adriatique, les seconds pour éviter que les Bulgares n’arrivent jusqu’à Constantinople et ne contrôlent les détroits. Mais la raison prévaut.

leader balkaniqueLes leaders balkaniques en 1913

Chacun a bien conscience que la paix en Europe peut être mise en danger. Les Britanniques, avec l’appui des Français, convoquent une réunion des principales puissances à Londres (outre le Royaume-Uni et la France, l’Autriche Hongrie, la Russie, l’Allemagne et l’Italie y sont représentées) afin d’imposer un règlement de paix aux belligérants. Deux sujets font l’objet d’intenses négociations :

• l’accès de la Serbie à la mer Adriatique : pour l’Autriche, obsédée par le danger serbe, il est indispensable de l’empêcher. Les puissances s’accordent alors pour créer un nouvel État, l’Albanie, dont la façade maritime face à l’Italie tiendra la Serbie à distance des côtes adriatiques.

• la frontière de la Turquie en Europe : l’Empire ottoman perd la quasi-totalité de ce qui lui restait de ses territoires européens à l’exception d’une bande de terre sur la rive droite du Bosphore pour protéger Constantinople et les détroits, dont chacun s’accorde qu’ils doivent rester sous souveraineté et contrôle turcs. Le traité est signé à Londres le 30 mai 1913, mais entre-temps les anciens alliés balkaniques ont commencé à se déchirer pour le partage des dépouilles européennes de l’Empire ottoman, en particulier la Macédoine, dont le traité de Londres ne dit rien. Une seconde guerre se profile.

 

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