La Laïcité dans le monde : exemples

Publié le - Mis à jour le 08-06-2015

La Turquie


En Turquie, la laïcité, composante essentielle de la politique conduite par Mustapha Kemal, apparaît comme un facteur de modernisation de la société, fortement marqué par le choix de références occidentales, au premier rang desquelles il convient de placer l’héritage de la Révolution française.

Entre 1922 et 1924, le sultanat et le califat sont successivement abolis et l’islam perd son statut de religion d’Etat. Dans le même temps un certain nombre de mesures sont prises pour transformer les mentalités. L’obligation du mariage civil est introduite et se met en place un enseignement laïque, inspiré du modèle français. Les hommes doivent cesser de porter le fez et se raser. L’alphabet latin remplace l’alphabet arabe. En 1926, est instauré le calendrier grégorien.

La Constitution de 1924 proclame que « l’Etat turc est républicain, nationaliste, populiste, étatiste, laïque et révolutionnaire ». Elle institue la liberté de conscience et de culte. Ce caractère laïc de l’Etat s’est maintenu sans discontinuer.

La dernière constitution, œuvres des militaires en 1982, continue d’évoquer le caractère « démocratique, laïc et social » de la Turquie. Or la laïcité turque ne se fonde ni sur un principe de séparation, ni sur une réelle neutralité de l’Etat. Elle repose sur l’existence d’un islam national sunnite, placé sous le contrôle d’organismes directement rattachés au premier ministre. Les imams sont salariés par l’Etat. Les autres religions ou les autres courants musulmans sont libres se développer mais sont, cependant, placés dans une situation de réelle infériorité. Incontestablement, la société turque reste marquée par une culture encore largement imprégnée par l’islam. Aussi le maintien de la laïcité s’est souvent fait au prix d’une restriction dans l’usage des libertés publiques qui n’est pas sans poser problème.

Ailleurs


Proche-Orient, Japon, Inde


Il n’est guère nécessaire d’insister sur l’exemple que représente la tentative de laïcisation tentée par le parti Baas, fondé en Syrie en 1943 par Michel Aflak puis relayé en Irak par Saddam Hussein à partir de 1968. L’absence de toute perspective démocratique et de toute liberté individuelle suffirait à priver de sens la référence à la notion de laïcité.

De la même façon, la démarche entreprise en Tunisie par Bourguiba et prolongée par Ben Ali, en dépit de la perspective émancipatrice affichée à l’origine par le programme du Neo-Destour, ne peut justifier l’existence d’une laïcité tunisienne.

Restent deux exemples, de portée plus significative, celui du Japon et celui de l’Inde. Au lendemain de la capitulation du Japon, les américains ont imposé la mise en place d’un système démocratique pluraliste. Sa conséquence principale fut de faire perdre à l’empereur l’essentiel des prérogatives qu’il tirait de son statut de divinité vivante. Dorénavant, il exerce les modestes prérogatives de représentation qui lui sont encore dévolues en vertu de la volonté du peuple « en qui réside le pouvoir souverain ». En vérité, il s’agit plus d’un abandon du fondement théocratique du pouvoir que d’une réelle laïcisation.

Un sentiment de même nature s’impose à l’évocation de l’exemple indien. Au lendemain de sa difficile accession à l’indépendance, l’Inde a choisi de se doter d’un régime politique affranchi des contraintes de l’hindouisme et du système des castes. Il s’agissait essentiellement de réduire le pouvoir des brahmanes et de permettre à tous les citoyens d’accéder aux responsabilités publiques. En 1956, la constitution précisait qu’elle était fondée sur l’ « égalité civile des citoyens sans distinction de sexe, de caste, de race, de religion, d’expression et de culte ». Louable programme dont la mise en oeuvre s’est, en permanence, heurtée à la résistance de vieilles pesanteurs culturelles et qui, concrètement, n’a pu endiguer l’émergence d’un intégrisme hindouiste à prétention clairement politique.

 

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