Peut-on relocaliser les emplois ?

Decod'éco - Saison 1

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Publié le - Mis à jour le 03-05-2017

De 1980 à 2015, le nombre d’emplois industriels en France est passé de 5 millions et demi à 3,1 millions. Les délocalisations, c’est à dire la fermeture d’usines en France et leur réouverture dans d’autres pays, en sont responsables pour 10% à 20% des emplois concernés. Mais depuis quelques années, le nombre de relocalisations, c’est-à-dire le retour d’entreprises en France, augmente sensiblement.

Les entreprises se relocalisent pour trois raisons. D’abord, quand elles ont fait un choix de délocalisation initial qui s’avère en fait peu rentable. Ensuite, si leurs clients se trouvent davantage qu’auparavant dans leur pays d’origine, elles ont intérêt à se relocaliser pour se rapprocher d’eux et soigner leur image de marque. Enfin, si certains coûts redeviennent plus intéressants en France qu’à l’étranger, il est judicieux de produire à nouveau dans l’hexagone.

Hélas, cela ne réduira pas le chômage dans les années à venir. La première raison à cela est que le nombre de relocalisations reste faible, comparé aux délocalisations. La seconde raison est qu’une entreprise qui se relocalise, robotise la production de sa nouvelle usine pour accroître sa productivité. Ceci limite les créations d’emplois. Or, c’est particulièrement vrai en France où la robotisation est encore limitée.
Certains veulent stimuler les relocalisations en abaissant les coûts de production en France, grâce à des aides publiques. Mais on ne peut pas attendre un miracle de ces dispositifs car l’avantage d’une délocalisation est souvent plus important que les aides qu’on peut imaginer mettre en place.

D’autres envisagent carrément de contraindre les entreprises françaises à produire ici, comme Donald Trump veut le faire aux États-Unis. Il menace les entreprises qui délocalisent leur production de taxer les produits qu’elles réimportent ensuite. C’est une politique risquée. Elle conduira à la hausse de certains coûts : le coût du travail bien sûr, mais pas seulement. Les entreprises organisent et réorganisent leur production à travers le monde pour minimiser les coûts de transport, d’accès à l’énergie et aux ressources naturelles. Les forcer à relocaliser accroît ces charges. Cette augmentation se traduira par une hausse des prix, une baisse de la compétitivité des entreprises nationales, et encore plus de robotisation pour compenser la hausse des coûts. Et, en définitive, une baisse de la production et de l’emploi.

Et puis, comme pour les délocalisations, les coûts ne sont pas la seule cause de relocalisation ! On peut penser à stimuler les facteurs qui attirent les entreprises, plutôt que de réduire ceux qui les font fuir ! Un pays comme la France a alors plutôt intérêt à encourager les relocalisations en misant sur des atouts tels que la qualité des infrastructures, un environnement juridique et administratif stable et protecteur, la qualité de la main d’œuvre, ou même les commandes publiques.

Des atouts certains pour les entreprises, à l’heure où se spécialiser dans le haut de gamme, est une des clés de leur compétitivité !

 

Réalisateur : Maxime Chappet

Producteur : francetv éducation

Auteur : Stéphane Ménia

Production : 2017

Diffusion : 2017

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