Les grands patrons sont-ils trop payés ?

Decod'éco - Saison 1

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Publié le - Mis à jour le 07-12-2017

En 2016, aux États-Unis, les patrons des firmes du S&P500 , l’équivalent du CAC40, ont perçu plus de 13 millions de dollars en moyenne , soit 350 fois le salaire moyen américain. Cet écart a été multiplié par près de 10 depuis 1970. En France, le coût annuel d’un PDG du CAC40 pour l’entreprise, représente 93 fois celui du salarié lambda .

Ces rémunérations sont-elles justifiables ? 

Le salaire est souvent considéré comme lié à la productivité. De ce point de vue, l’écart croissant entre PDG et autres salariés est inexplicable. Ils ne peuvent pas être les seuls à avoir connu une explosion de leur productivité ! Ceux qui estiment que les patrons sont normalement rétribués répondent à cela par trois arguments. Le premier est que si l’on paie bien les patrons, c’est pour motiver ceux qui espèrent accéder à leur poste dans l’entreprise. Ils accroissent alors leurs efforts. Payer cher les patrons sert donc indirectement la performance de la firme . Le deuxième argument est que les bons patrons sont rares et que les entreprises luttent mondialement pour les recruter. Cette situation fait monter les enchères, mais c’est le prix à payer pour s’offrir les meilleurs . Le troisième argument repose d’ailleurs sur l’idée que les patrons sont largement rémunérés selon les performances de la firme  et méritent donc leur paie. Et même quand ils n’apportent qu’un gain mineur vu la taille de la firme, ce sont des montants importants qui sont en jeu et une part confortable leur en est rétrocédée. 

Ces arguments ont des limites. D’abord, les études peinent à montrer l’existence d’un lien solide entre performance et rémunération. Les économistes soulignent aussi que la performance est souvent liée à des aléas qui ne dépendent ni du talent ni des efforts du patron . C’est surtout la taille de l’entreprise qui explique des rémunérations élevées pour les dirigeants au sommet. En effet,  plus il y a de niveaux hiérarchiques, plus le panel de salaires est large . Et diriger un groupe plus complexe rapporte plus, compte tenu de responsabilités accrues. Ensuite, les dirigeants bénéficient d’un pouvoir important pour fixer leur rémunération.

Actionnaires et conseil d’administration ont du mal à les contrôler, dans la mesure où leur information sur les mérites réels du dirigeant est insuffisante pour établir sa « juste » rémunération.

Alors oui, il existe des raisons économiques de rémunérer confortablement les dirigeants. Mais elles sont discutables. Quant aux questions de justice sociale, c’est encore une autre histoire.

Réalisateur : Maxime Chappet

Producteur : francetv éducation

Auteur : Stéphane Ménia

Production : 2017

Diffusion : 2017

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