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Faut-il baisser les charges sociales ?

Decod'éco - Saison 1

Publié le - Mis à jour le 17-05-2017

« Il y a trop de charges sociales en France ». Vous avez certainement entendu cet argument avancé par le patronat. Mais est-il vrai ? Les cotisations ou charges sociales sont des prélèvements obligatoires calculés sur le montant des salaires. Leur paiement est partagé entre salariés, et employeurs. Les cotisations sociales servent à financer les dépenses de santé, de retraites, de chômage, les allocations familiales, la formation professionnelle, les accidents du travail, les aides au logement, les congés parentaux, etcetera, etcetera. Elles représentent donc un montant important : 413 milliards d’euros en 2015. Et si les cotisations sociales sont plus élevées en France que dans des pays comparables, c’est parce que dans notre pays, elles sont le pilier du financement de la protection sociale, ce qui n’est pas le cas partout ! 

Effectivement, les cotisations sociales accroissent nettement le coût du travail : quand un salarié touche 1000€, le coût total pour l’employeur est de 1800€. Mais faut-il les réduire ?

Les partisans de la baisse des charges sociales considèrent que si on diminue les cotisations sociales pour les employeurs, on accroît la rentabilité des entreprises. Celles-ci sont donc incitées à investir, à vendre moins cher, donc plus. Pour eux, la production et l’emploi en bénéficient, et le financement  de la protection sociale est assuré ! Mais est-ce le cas ? Pas forcément, car cette mesure à elle seule est insuffisante. La baisse des taux de cotisations s’est d’ailleurs traduite par une moindre progression des recettes de la protection sociale puisqu’environ 10% des baisses n’est pas compensée aujourd’hui. Cela pose plusieurs problèmes. D’une part, santé et formation dépendent de ces recettes et sont un facteur de qualité du travail et de sa productivité. D’autre part, les prestations sociales soutiennent la consommation quand l’activité économique est faible. 

On a déjà réduit les charges sociales, mais pour une certaine catégorie de travailleurs seulement : les moins qualifiés. L’objectif était d’agir sur le chômage qui les frappe particulièrement. Cette politique de baisse de charges ciblée sur les bas salaires est pratiquée depuis 1993. Et cette année, les mesures de réduction de charges sociales s’élèveront à près de 40 milliards d’euros ! Mais est-ce que cela va pour autant faire reculer le chômage ? On ne sait pas vraiment à quel point. Les allègements permettent de préserver ou créer des emplois, sans pour autant inverser la courbe du chômage. Pour ceux qui les soutiennent, c’est parce qu’on n’en fait pas assez et qu’elles ne concernent pas assez les plus bas salaires ! 

Ces dispositifs d’allègements posent d’autres problèmes. Outre qu’ils sont très coûteux - des études les chiffrent à 60 000 euros par an et par emploi créé ou sauvegardé -, ils incitent les entreprises à utiliser du travail peu qualifié pour en bénéficier, ce qui décourage l’effort d’éducation et la qualité de la production française. De fait, ils n’ont pas empêché la baisse de compétitivité des entreprises françaises.

Et si on regarde bien, les pays dans lesquels les cotisations sociales sont plus faibles, ne connaissent pas forcément un chômage plus bas ! Impossible de dire donc, qu’il s’agit de la solution pour revenir au plein emploi.

 

Réalisateur : Maxime Chappet

Producteur : francetv éducation

Auteur : Stéphane Ménia

Production : 2017

Diffusion : 2017

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