Interview de Waciny Laredj, professeur de littérature moderne et éditeur de romans

Publié le - Mis à jour le 05-01-2017

Interview de Waciny Laredj

Né à Tlemcen en 1954, Waciny Laredj a été professeur de littérature moderne à l’université d’Alger jusqu’en 1994. Il vit actuellement à Paris, où il enseigne à l’université de Paris-III-Sorbonne Nouvelle. Il est l’auteur d’une dizaine de romans en langue arabe, dont Fleurs d’amandier (éd. Actes Sud, 2001), traduit en français. En mai, paraîtra Les Balcons de la mer du Nord (éd. Actes Sud).

Quel parcours conseilleriez-vous pour appréhender la littérature algérienne de ses écrivains fondateurs à la jeune génération d’aujourd’hui ?

Waciny Laredj : La littérature algérienne est traversée par le français, l’arabe et la langue berbère qui s’appuie sur l’oralité. Toute approche ne prenant pas en compte cette diversité demeure limitée mais cette richesse n’a pas été pleinement assumée car la littérature algérienne reste unie par son "algérianité". La francophone est traversée par plusieurs courants. De l’école exotique ou littérature de voyage (1830-1900) , avec Gustave Flaubert, Alphonse Daudet, Guy de Maupassant, ensuite les algériansites (1900-1935), l’école d’Alger (1935-1950) et l’école nationale ( 1950-1962), la littérature de la génération post-indépendance, avec Albert Camus ou Jean Sénac, ont permis au lecteur algérien d’accéder à cette double culture. Suivis par Mohammed Dib, Assia Djebbar, Kateb Yacine, Rachid Boudjedra, Rachid et Yasmina Khadra . A partir des années 1960, la poésie algérienne de langue arabe a vu émerger Moufdi Zakaria, Jalwah, A. Rezzagui, Zineb Laouedj, Fanni Achour et Rachida Khawazem. Les premiers romans algériens de langue arabe datent de ces années-là, avec Rih al-Janoub d'Abdelhamid Benhaddouga et l’As de Tahar Wattar. Aujourd’hui, Khallas djilali, Mustapha Faci, Bagtache Merzac et Boutagine sont à découvrir.

Quelles sont les thématiques de la littérature d’aujourd’hui ?

W. L. : La guerre continue de hanter la littérature algérienne. L’histoire est revisitée à travers des romans comme Nuits de Strasbourg d’Assia Djebbar, Le Serment des barbares de Boualem Sansal ou Calamus de Merzac Bagtache. D’autres thèmes, plus liés au présent, sont venus s’ajouter, comme l’injustice, la violence, l’amour avec, par exemple, La Vie à l’endroit de Rachid Boudjedra ou Fetwa de Brahim Saadi.

Gérard Depardieu lisant les Confessions de Saint-Augustin, le poète Kateb Yacine à la Comédie-Française , la langue algérienne s’incarne cette année à travers le spectacle vivant…

W. L. : Gérard Depardieu retournant vers une source berbèro-latine nous renvoie à notre histoire commune qu’il faut assumer pleinement. Kateb Yacine à la Comédie-Française, c’est plus que la reconnaissance d’un écrivain de talent. C’est admettre que l’histoire change et les hommes aussi. Celui qui était rebelle contre l’occupant d’hier est à la tête de toute une génération qui a produit une littérature algérienne en langue française.

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