Interview de Rabah Mezouane, spécialiste des musiques du Maghreb

Publié le - Mis à jour le 05-01-2017

Interview de Rabah Mezouane

Journaliste, critique musical à Radio Nova, spécialiste des musiques du Maghreb et du Proche-Orient, Rabah Mezouane signe de nombreuses préfaces de disques (pour Khaled, Rachid Taha, Mami, Idir, Warda…). Comme journaliste-réalisateur, il est l'auteur de nombreux reportages pour l’émission "Megamix" et co-auteur du documentaire "Cheb Mami le môme", diffusés sur Arte, il est également chargé de la programmation musicale à l'Institut du monde arabe.

Comment se repérer dans la diversité des musiques traditionnelles algériennes ?

Rabah Mezouane : Effectivement, il y a une palette musicale très riche en Algérie. Si aucun genre ne domine, quatre styles ont pu émerger hors de leurs frontières régionales : le raï oranais, la chanson kabyle, le chaâbi algérois et les trois écoles andalouses ( la constantinoise, l’algéroise et la tlemcenienne)

Quel parcours musical pourrait être recommandé pour une initiation à ces musiques ?

R. M. : Diverses compilations existent chez les disquaires. A côté de certaines qui sont consacrées exclusivement à un genre (raï, chant kabyle...), il en est, à l'enseigne de L'Algérie en musiques (éd. Créon Music/Virgin), qui proposent un panorama de presque tous les styles.

Cheb Mami, Khaled, plus récemment Souad Massi rencontrent un certain succès sur les scènes françaises... Quelles sont les étoiles montantes d’aujourd’hui en Algérie ?

R. M. : On l’oublie, mais bien avant les Mami, Khaled et autre Souad Massi, il y a eu des artistes tels Idir (auteur, en 1973, d'A Vava Inouva, premier tube international maghrébin, double disque d'or en 2000 avec Identités), Djamel Allam ou Djurdjura qui attiraient un public autre que communautaire. Je fais de nouvelles découvertes constamment. De nouveaux talents ont émergé ces dernières années. Certains se sont aventurés dans un genre comme le hip hop, tel le groupe Double Kanon qui ose, par exemple, aborder des sujets tabous comme la drogue ou la prison. J’apprécie aussi le chanteur Cheb Khaldoun ; Si Moh, chanteur kabyle ; Djamel laroussi… parmi tant d’autres.

Comment fonctionne l'industrie musicale en Algérie ? Comment sont découverts les talents ??

R. M. : La chance de l'Algérie est d'avoir pu assurer un développement musical fort grâce à une multitude de maisons de disques mais aussi à des studios d'enregistrement implantés dans les villes principales. Les jeunes talents sont révélés à l’occasion de fêtes de mariage ou de tours de chant dans des cabarets. Là, ils sont susceptibles d’être repérés par des producteurs. Sinon, comme en France, ils présentent leurs maquettes aux maisons de production. Ce sont des histoires de rencontres et de coups de cœur.

 

Propos recueillis par Laetitia Sellam

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