François Truffaut et l’invention de la Nouvelle Vague

Publié le - Mis à jour le 21-03-2016

A la sortie de la Deuxième Guerre mondiale, le cinéma français est en crise : une bonne  partie de ses cadres est soupçonnée de collaboration plus ou moins active et l’autre est  organisée par le puissant Parti communiste.

jules et jimJules et Jim, le roman de Henri-Pierre Roché Ed. Gallimard, 1953

Dans ce contexte de lutte d’appareils, les jeunes ont du mal à trouver leur place, et c’est par le biais de la critique qu’ils expriment leurs revendications. De l’autre côté de l’écran, pour le grand public des années 50, les films au cinéma sont le divertissement par excellence.

François Truffaut trouve alors, dans les colonnes des Cahiers du Cinéma d’André Bazin, une tribune pour mettre en avant ce qui sera le credo de la Nouvelle Vague : le cinéma est un art à part entière avec ses auteurs, ses créateurs et son avant-garde. Il a 22 ans quand il signe l’acte de naissance de la Nouvelle Vague avec son article critique de la qualité française Une certaine tendance du cinéma français dans le n°31 des Cahiers du Cinéma de janvier 1954.

En quelques années, François Truffaut, avec ses comparses de la Nouvelle Vague Jean-Luc Godard, Eric Rohmer, Jacques Rivette, Jean Douchet, entre autres vont intellectualiser le cinéma en ayant recours aux moyens habituels de l’avant-garde artistique : une critique sévère du passé (parfois injuste en particulier avec les acteurs), l’apologie d’un petit nombre de précurseurs (Hitchcock, Murnau, Rossellini, Fuller, Renoir) et l’expérimentation de méthodes nouvelles de tournage et de production. Tournant le dos à l’académisme qu’ils dénoncent, ces jeunes critiques, devenus scénaristes et réalisateurs, engagent de jeunes acteurs (parfois des amateurs), profitent de la généralisation des caméras légères (inventées pendant la guerre pour les besoins des actualités militaires) et tournent en extérieurs et en décors naturels des films parfois brouillons mais toujours inspirés, où le rejet des conventions s’exprime souvent par un jeu d’acteur décalé, une caméra très mobile et un montage peu conventionnel. Les sujets surtout recoupent les préoccupations de cette jeunesse de la petite bourgeoisie mal à l’aise dans la France post-coloniale qui peine à oublier la collaboration. Un habile compromis entre les codes narratifs de l’avant-garde et la tradition de la comédie de mœurs à la française donne à François Truffaut, réalisateur, une place à part dans la Nouvelle Vague dont il se distancera peu à peu à partir des événements de mai 1968.

jules et jimphotogramme du film Jules et Jim, de François Truffaut. Les acteurs Jeanne Moreau, Oskar Werner, Henri Serre
© 1961 SEDIF / Les Films du Carrosse / Films J. Manzon

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