Sous la provocation de Dalí, le travail

Publié le - Mis à jour le 21-03-2016

Scandales et ruptures accompagnent Dalí tout au long de sa vie et de son œuvre. Jeune étudiant révolté, il est renvoyé des Beaux-Arts de Madrid avant l’obtention de son diplôme et ses prises de position révolutionnaires lui font connaître la prison. Le Jeu lugubre (1929) scandalise même les surréalistes qui le soupçonnent de scatophilie.

Les projections des films tournés avec Buñuel, Un chien andalou et surtout L’Âge d’or dont il a écrit le scénario, tournent à l’émeute. Il se brouille avec le cinéaste, tandis que sur fond de guerre civile espagnole son amitié pour García Lorca ne résiste pas à leurs divergences politiques. Scandales aussi à New York lorsque, alors que toute l’Amérique est sous le choc du kidnapping Lindbergh, il se rend avec Gala dans un bal masqué donné par Caresse Crosby, déguisés en ravisseur et enfant disparu (il fait d’ailleurs de plates excuses dans la presse, ce qui cette fois rend les surréalistes furieux) ou bien lorsque, mécontent des aménagements faits à son insu à la vitrine qu’il avait réalisée pour un grand magasin new yorkais, il saccage le tout et est embarqué par la police.

Cette célébrité acquise à coup d’extravagances a parfois desservi son image, mais ne saurait occulter le travail acharné lié à sa superbe énergie créatrice, la fécondité et la diversité de ses œuvres dues à sa curiosité inlassable qui lui fait aborder continuellement de nouveaux thèmes sans jamais renoncer aux images qui sont les siennes. On retrouve ainsi dans La Pêche au thon (1967) ou dans Le Torero hallucinogène (1968), le vocabulaire surréaliste avec le thème de la mort et l’imagerie dalinienne (Gala, Vénus et mouche), mais aussi le pointillisme, le pop art et les illusions d’optique. Pétri de culture classique et fervent admirateur de Raphaël, du Bronzino, de Vermeer, de Zurbaran et de Vélasquez, il scrute leurs toiles sans relâche et utilise tantôt une technique ancienne en glacis, tantôt moderne en pâte, tantôt les deux combinées.

la persistance de la mémoire

la persistance de la mémoire (montres molles), peinture (huile sur toile) de salvador dali, 1931, museum of modern art (moma) - new york ©luisa ricciarini/leemage © salvador dalí, fundació gala-salvador dalí / adagp, paris 2012. cliquer pour agrandir l'image.

Toujours en recherche, il se décrit ainsi : « Je peins avec une fureur terrible, je travaille comme une brute une ligne ou un point. Je l’efface et le refais mille fois (…) J’éprouve une rage terrible contre tout ce que j’ai fait jusqu’à hier… ». Sa peinture est savante mais non hermétique et il ne cesse de publier essais, livres et même un manuel – 50 secrets magiques pour peindre (1948) – pour s’expliquer et mettre ses intentions à la portée de tous.

Au-delà de la peinture, son travail l’amène à toucher à la sculpture, à la photographie, à la lithographie et à la gravure, au cinéma et à la littérature, au monde du spectacle, à la création de bijoux et à la mode. Ainsi, Dalí réalise à New York plusieurs décors et costumes pour des ballets (Bacchanale en 1939, Labyrinth en 1941, Roméo et Juliette en 1942, etc.) ; son attirance constante pour la mode l’amène à créer entre autre le Costume de l’année 1945 à tiroirs avec Christian Dior et la robe « Homard » avec la couturière Elsa Schiaparelli ; il favorise la réalisation de sculptures en bronze à partir de ses plus célèbres tableaux, tel que La Persistance de la mémoire.

Crédits du bandeau

La Persistance de la mémoire (Montres molles), peinture (huile sur toile) de Salvador Dali (détail), 1931, Museum of Modern Art (MOMA) - New York ©Luisa Ricciarini/Leemage © Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dali / ADAGP, Paris 2012

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