Violences policières : les symptômes d'un malaise

Decod'actu - saison 2

Chargement de la playlist en cours...

Publié le - Mis à jour le 24-05-2017

En février 2017, Théo, un jeune homme d’Aulnay-sous-Bois, est gravement blessé lors d’une interpellation de police. Quatre policiers ont été mis en examen pour « violences volontaires » et l’un d’entre eux est poursuivi pour « viol ». Cette affaire relance le débat sur les violences policières, quelques mois à peine après l’affaire Adama Traoré, décédé dans un commissariat du Val d’Oise en juillet 2016. Pourtant, loin d’être des cas isolés, l’affaire Théo et la mort d’Adama Traoré témoignent de profonds dysfonctionnements au sein de la police. Mais de quoi les violences policières sont-elles le symptôme ?

Depuis les attentats de Paris et de Saint-Denis en 2015, les prolongations de l’État d’urgence, et l’attentat qui a tué un policier sur les champs Élysées le 20 avril 2017, la situation est tendue pour les forces de l’ordre qui se sentent de plus en plus menacées dans l’exercice de leurs fonctions. Après l’assassinat d’un couple de policiers à leur domicile de Magnanville par un djihadiste en juin 2016 et l’attaque d’agents de la police de Viry-Châtillon par des cocktails molotov en octobre dernier, des manifestations de policiers se sont multipliées partout en France. Ils demandent notamment plus de moyens et une réforme de la légitime défense pour étendre l’utilisation de leurs armes.

Dans un rapport de 2016, l’association de défense des droits de l’Homme ACAT (Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture) dénonçait l’absence de statistiques officielles en France concernant les violences policières dont les principales victimes sont des jeunes hommes issus de minorités visibles. En 2016, le défenseur des droits a été saisi 1225 fois contre 910 en 2015 pour des cas d’abus des forces de l’ordre. Une augmentation de 34 % en un an. Mais comment expliquer cette hausse ?

Pour plusieurs observateurs, l’une des causes réside dans la suppression de la police de proximité, des unités proches de la population implantées dans les quartiers dits sensibles, suspendues en 2003 par Nicolas Sarkozy alors ministre de l’intérieur. L’ex-commissaire de police Jean-Pierre Havrin dénonce aussi la politique du chiffre dans la police : une approche qui incite les agents à multiplier les interpellations, à faire plus de répression que de prévention. Cela se traduit souvent par des contrôles d’identité répétés, ce qui produit peur et colère envers la police. Un cercle vicieux qui pousse à la défiance et à l’affrontement. Une réalité reconnue par Alexandre Langlois, secrétaire général de la CGT Police qui pointe du doigt une philosophie répressive impulsée par des choix politiques. Le recrutement et la formation sont aussi des points faibles de l’administration. Dans son enquête La Force de l’Ordre, l’anthropologue Didier Fassin constate comment de jeunes agents peu expérimentés sont affectés dans des zones difficiles. La méconnaissance du terrain et l’absence de formation adaptée favoriseraient l’escalade de la violence. Le syndicat majoritaire Unité SGP Police FO souligne également le profond rejet de l'autorité de la part de la population, une dégradation des conditions de travail, et un cruel manque de moyens et d'effectifs dans les commissariats.

Apaiser les relations

Afin d’éviter les contrôles abusifs à l’origine de nombreuses violences, François Hollande proposait l’instauration d’un récépissé de contrôle d’identité. Une mesure enterrée lors du quinquennat au profit de la caméra-piéton : des caméras accrochées aux uniformes pour enregistrer les contrôles. Depuis le 1er mars 2017 ce dispositif est obligatoire dans 23 zones de sécurité prioritaires (en région parisienne, Haute Garonne, Alpes Maritimes). Critiquées par de nombreuses associations, l’efficacité de la caméra-piéton pourrait s’avérer limitée sans une profonde remise en cause de l’approche sécuritaire et répressive de la police, et une volonté réconciliation sur le long terme des forces de l’ordre avec la population.

Réalisateur : Maxime Chappet

Producteur : Corner Prod

Auteur : Clément Baudet

Production : 2017

Diffusion : 2017

Recommandations