Menaces sur le droit à l’avortement

Decod'actu - saison 2

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Publié le - Mis à jour le 29-03-2017

En France, plus de 40 ans après la loi Veil, mais aussi dans le reste du monde, le droit à l’avortement reste encore et toujours menacé. Dans plus d’un tiers des pays de la planète, ce droit  est encore complètement interdit. On fait le point ?

L'avortement ou interruption volontaire de grossesse, est un recours pour une femme enceinte désirant mettre un terme à sa grossesse. Aujourd’hui, l’avortement est légal dans 57 pays et autorisé avec des restrictions dans 70 pays. Malheureusement, 68 pays continuent de l’interdire totalement, ou ne l’autorisent qu’en cas de dangers mortels pour la femme. En fait, l’IVG ne concerne encore qu’une timide majorité de femmes puisque 40% des femmes en âge de procréer vivent dans des pays où l’IVG est interdit, limitée ou inaccessible.
Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce droit revendiqué par les femmes et souvent voté par des hommes, est un acquis récent dans les pays occidentaux. Ce n’est qu’entre 1950 et 1985 que la plupart des pays industrialisés ont libéralisé l’avortement. Cependant, en Irlande, par exemple l’avortement est toujours illégal.  Dans les pays en voie de développement, ce droit se démocratise doucement, à l’image du Mozambique qui l’a dépénalisé en 2014, ou encore du Maroc qui a assoupli sa loi en 2015.

Face à ce constat en demi teinte,  des organes internationaux des droits humains se battent becs et ongles pour protéger ce droit. Le Comité des droits de l'Homme des Nations Unies a par exemple reconnu en  2016 que l'Irlande violait ses obligations relatives aux droits humains en interdisant et en sanctionnant pénalement l'avortement. Alors… pourquoi certains pays, même dits « développés », et certaines personnes, sont aussi réticents à reconnaître ce droit ?

Les croyances et coutumes religieuses sont souvent les principales raisons de cette animosité envers l’IVG. Certains considèrent le fœtus comme un être humain à part entière, doté d’une âme ou d’une conscience. Pour eux, l’avortement est un meurtre. Pourtant, la science n’est pas de cet avis puisqu’une étude du Royal College of obstetricians & Gynaecologists sortie en 2010 conclut que le cerveau d’un fœtus n’est pas formé avant 24 semaines. Il ne ressent donc pas la douleur et ne manifeste aucun signe de conscience. A ce stade, il n’est donc pas considéré comme un être humain. 

En France, avant sa légalisation en 1975, certaines femmes utilisaient des cintres et des aiguilles à tricoter pour pratiquer clandestinement un avortement risquant ainsi de mourir ou de se mutiler.
Des pratiques d’un autre temps qui sont pourtant encore couramment utilisées dans les pays où l'IVG reste illégale. Dans les faits, on constate qu’interdire l’avortement n’empêche pas les femmes d’y avoir recours, mais les contraint bien souvent à utiliser des procédures clandestines et risquées. L’Organisation Mondiale de la Santé estimait le nombre d’avortements sur la planète à 56 millions en 2014. Près de la moitié a été effectuée illégalement dans des conditions dangereuses, provoquant la mort chaque année de 47 000 femmes, dont 2/3 en Afrique.

Manifestations « pro-vie » en France et ailleurs, tentative de restrictions légales de ce droit en Espagne en 2013, en Pologne en 2016, ou encore aux Etats-Unis quelques semaines après l’élection de Donald Trump, le droit à l’avortement est sans cesse remis en cause. Comme l’a dit la romancière et féministe Simone de Beauvoir « N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis ». 

Réalisateur : Maxime Chappet

Producteur : Corner Prod

Auteur : Sarah El Makhzoumi

Production : 2017

Diffusion : 2017

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