Les prisons sont-elle utiles ?

Decod'actu - saison 2

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Publié le - Mis à jour le 25-01-2017

61 % des personnes condamnées à de la prison ferme sont réincarcérées dans les 5 ans qui suivent leur libération lorsqu’elles ne bénéficient pas d’un accompagnement. Cinglant constat d’échec pour cette institution héritée du XIXe siècle censée remplir 3 fonctions : protéger la société des individus dangereux, les punir par la privation de liberté, et enfin, permettre leur réinsertion dans la société. Chaque année, la prison coûte 2,7 milliards d’euros à l’Etat, mais avec un taux de récidive aussi élevé, la question de son efficacité se pose clairement.

En chiffres

La France compte 188 établissements pénitentaires où sont incarcérées 68 560 personnes, essentiellement des hommes. En 2016, les femmes ne représentent que 3,2% des détenus (seulement 2 233 femmes). Derrière les barreaux, près de 29 % (19 851 personnes) sont en « détention préventive » c’est à dire dans l’attente de leur jugement. 

D’après le ministère de la Justice, entre 2001 et 2012 le nombre de détenus a augmenté de 35%. Les prisons affichent un taux d'occupation moyen de 117,5 % mais la prison de Nîmes atteint un taux de surpopulation record de 207% ! Cette surpopulation chronique oblige parfois 3 à 4 personnes à partager des cellules de 9m² en maison d’arrêt. Certaines dorment sur un matelas posé à même le sol.

Les conséquences de la surpopulation

Bien évidemment, la surpopulation carcérale a des conséquences multiples : augmentation des tensions et des violences entre co-détenus mais aussi entre détenus et surveillants, problèmes d’hygiène, mais aussi de santé car il n’y a pas assez de médecins pour soigner tout le monde. Des associations comme l’Observatoire International des Prisons dénoncent depuis longtemps le caractère inhumain et dégradant des conditions de détention dans les prisons françaises. La Cour Européenne des Droits de l'homme a condamné la France à plusieurs reprises pour non respect des droits fondamentaux des détenus (notamment pour le manque d'accès à des soins médicaux, la promiscuité et la vétusté des cellules).

Quelles solutions ?

Pour réduire la surpopulation et faire face à ses conséquences, le gouvernement prévoit de créer 10 000 à 16 000 cellules individuelles supplémentaires d'ici 2025. Il envisage également d’augmenter en 2017 de 25% ses effectifs du Service pénitentiaire d'insertion et de probation. Objectif : favoriser la réinsertion et limiter la récidive (1000 emplois). Autre solution : réduire le nombre d’incarcérations. La réforme pénale adoptée en 2014 a créé « la contrainte pénale », qui peut se substituer à une peine d’emprisonnent inférieure ou égale à 5 ans. Ainsi, certains condamnés ne passent plus obligatoirement par la case prison mais doivent respecter des interdictions (de se rendre dans certains lieu, de rencontrer certaines personnes) et des obligations (comme le suivi d’une formation, d’un traitement médical ou la réparation des dommages causés). Autre alternative, la « libération sous contrainte » autorise à purger la fin de peine à l’extérieur ou en semi-liberté. Pour cela, la personne condamnée doit occupe un emploi ou suivre une formation. Le taux de récidive dans les cinq ans tombe à 36 % pour les détenus condamnés à des peines alternatives comme le travail d'intérêt général et à 23 % pour ceux placés sous bracelet électronique. On est loin des 61 % de récidive dans le cas de sortie sans accompagnement !

Décroissance carcérale

Dans un récent rapport, le Conseil de l’Europe incite les pays de l’UE à proposer des mesures alternatives à la détention car les chiffres démontrent que le tout-carcéral n’est pas la solution la plus adaptée pour lutter contre la criminalité. En Europe, la tendance est plutôt à la décroissance carcérale. En cinquante ans, la Finlande a divisé par trois le nombre de ses détenus. Preuve que le taux de détention d’une population, n’est pas tant lié au taux de criminalité qu’à des choix politiques.

Réalisateur : Maxime Chappet

Producteur : Corner Prod

Production : 2017

Diffusion : 2017

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